Théorie de l’auto-détermination, motivation et bien-être

La théorie de l’auto-détermination (TAD) est une théorie majeure de la psychologie puisqu’elle nous explique les 3 besoins psychologiques fondamentaux de l’être humain, les déterminants du bien-être et les différents types de motivation possibles (de la motivation intrinsèque à la motivation externe).

En plus d’expliquer des concepts particulièrement importants (le bien-être, la motivation), elle s’applique aussi bien à l’école, qu’au travail ou dans les séances de thérapie et de coaching.

Et en plus, elle s’appuie sur des recherches scientifiques bien fournies.

Dans cet article, vous découvrirez comment la TAD répond aux questions fondamentales suivantes :

  • Qu’est-ce qui fait qu’un individu fait les choses pour lui-même (motivation autonome) plutôt que par pression (motivation contrôlée) ?
  • Quels sont les besoins fondamentaux et universels d’un être humain ?
  • Quels facteurs facilitent le bien-être, la santé mentale et la vitalité ?

Les besoins psychologiques fondamentaux

Selon la TAD, nous avons trois besoins psychologiques fondamentaux :

  • Un besoin d’autonomie : se sentir libre de faire ses choix, de se percevoir comme étant la force à l’origine de nos actions.
  • Un besoin de compétence : gérer efficacement son environnement, relever des défis, exprimer et développer ses capacités.
  • Un besoin de lien social : le fait d’appartenir à un groupe, d’avoir des relations satisfaisantes, de recevoir et d’exprimer de la considération et de l’attention.
Leçon 1 : La satisfaction de ces trois besoins amène l’individu à faire des choses pour lui-même (motivation autonome) et à avoir un niveau de bien-être et de vitalité élevé.

Tout comme bien s’alimenter et bien dormir est la base d’un bon fonctionnement physiologique, les besoins psychologiques représentent les nutriments fondamentaux pour entretenir un fonctionnement psychologique optimal.

Ces besoins sont universels, des études ont mis en relief leur importance dans une diversité de culture, y compris des cultures collectivistes.

Il est important de distinguer l’autonomie et l’indépendance. L’autonomie, c’est la possibilité de choisir par soi-même et de se percevoir comme étant à l’origine de nos actions. L’autonomie peut très bien s’appuyer sur les autres.

Alors que l’indépendance, c’est un mouvement de tenir les autres à distance, de ne compter que sur soi-même, avec souvent un aspect défensif.

Les types de motivation

La motivation est souvent envisagée comme un concept qui varie seulement en intensité : on peut être plus ou moins motivé.

La TAD postule qu’en plus de l’intensité, il existe différentes formes de motivation et que c’est davantage sa forme que son intensité qui est génératrice de résultat.

  • Une motivation autonome : l’individu a le sentiment d’avoir le choix, son comportement est sous son contrôle personnel.
  • Une motivation contrôlée : le comportement est sous le contrôle de pressions ou de contraintes extérieures.

Voici 2 exemples des différents types de motivations à faire du sport et à consulter un psychologue.

Faire du sportSéance avec un psychologue ou un coach
Motivation intrinsèque : l’individu fait l’activité, car elle est agréable en elle-même.  Pour le plaisir de courir et d’observer le paysageJ’aime venir pour réfléchir et être écouté sans jugement, je trouve ça agréable en soi.
Motivation intégrée : l’individu s’engage dans l’activité car elle est en adéquation avec les valeurs et l’identité de l’individu.Car je suis quelqu’un de sportif (valeur identitaire interne)Je suis quelqu’un qui aime se comprendre, réfléchir sur soi-même et prendre sa vie en main.
Motivation identifiée : l’individu s’engage car il s’identifie aux buts de l’activité  Pour prendre soin de ma santé car cela compte pour moi (objectif valorisé)La thérapie me permet de prendre soin de moi et d’améliorer mes relations familiales et c’est vraiment important à mes yeux.
Motivation introjectée : l’individu s’engage par culpabilité, honte ou approbation sociale  Pour ne pas avoir l’air d’un nul vis-à-vis de mes amis qui ont font plus que moi. (Pression interne par comparaison sociale et protection de l’estime)Par culpabilité pour mes enfants de ne pas être un meilleur parent.
Motivation externe : l’individu s’engage pour obtenir ou éviter des résultats externes (récompense, punition)  Pour éviter les reproches de mon médecin. (Pression externe : éviter une sanction)Pour éviter que ma femme ne me quitte. Par ce que la justice m’oblige à venir.
Amotivation : absence de motivation à réaliser l’activité.  Le sport et moi, ça fait deux. (Absence d’intérêt)Je ne sais pas pourquoi je suis là, je n’ai aucun problème (absence de régulation) ou de toute façon rien ne changera jamais (résignation)

Attention à la récompense

Leçon 2 : Lorsqu’on donne une récompense pour une activité qui est déjà source de plaisir en soi (motivation intrinsèque), alors la motivation diminue.

Donner une récompense pour ce qu’on aime déjà faire a tendance à externaliser la motivation, l’individu ressent qu’il ne la fait plus pour lui, mais plus pour des raisons externes.

Ces résultats sont issus des résultats de plus de 128 études sur le sujet (Deci, Koestner, et Ryan, 1999).

Une expérience faite en 1973 (Lepper & al.) étudie l’effet de la récompense sur la motivation. Dans la première phase de l’expérience, on invite les enfants à faire quelque chose qu’ils aiment naturellement : dessiner pendant quelques minutes. Les chercheurs font 3 groupes : au groupe 1, on leur promet une récompense en échange, au groupe 2, on leur donne la récompense par surprise sans les prévenir et le groupe 3 ne reçoit pas de récompense. Les enfants sont réinvités à une autre séance de dessin quelques jours après : et on s’aperçoit que le groupe 1 à qui on avait proposé une récompense dessine deux fois moins longtemps que les autres groupes. La motivation à dessiner s’est externalisée, elle n’était plus pour se faire plaisir, mais dans l’attente d’une récompense.

Leçon 3 : Tous les comportements de pression comme les menaces, les punitions, les échéances et la surveillance ont tendance à diminuer la motivation intrinsèque. A l’inverse, la possibilité de faire des choix augmente la motivation intrinsèque. (Deci & Ryan, 2008)

Dans la communication, un même message peut être exprimé différemment et peut avoir plusieurs fonctions :

  • Fonction contrôlante : l’objectif est de mettre une pression à la personne pour l’orienter. (Ex « Si vous ne pratiquez jamais la méditation chez vous, ça n’ira pas du tout »)
  • Fonction informative : l’objectif est d’apporter une information à la personne, le ton est donc moins contrôlant et respecte davantage l’autonomie. (Ex : « les études indiquent que pratiquer régulièrement la méditation est un point important pour observer des résultats »)

L’intégration des contraintes externes

Il est possible de se sentir autonome en présence de contraintes externes. En effet, face à des pressions ou obligations extérieures, une personne peut tout de même avoir une motivation autonome, c’est-à-dire internaliser des raisons à l’idée d’avoir ce comportement.

Par exemple, payer des impôts est une obligation externe. Mais certaines personnes le font pour éviter une sanction en cas de non-paiement (motivation externe), alors que d’autres le font, car elles ont internalisé les raisons sous-jacentes telles que le bien commun, le partage des ressources et de l’accessibilité à des services de santé ou d’éducation (motivation intégrée ou identifiée).

L’individu va plus ou moins internaliser les contraintes extérieures. Les motivations introjectée, identifiée et intégrée sont 3 degrés d’internalisation d’une contrainte externe. Ce qui va faciliter l’intégration de la contrainte c’est le degré de satisfaction des besoins psychologiques fondamentaux.

Soutenir le besoin d’autonomie, de compétence et d’appartenance permet à l’individu d’avoir une base sécurisante pour intégrer les contraintes de son environnement et se les approprier.

Les encouragements de la part des personnes significatives (parents, enseignants, thérapeutiques, manager…) peuvent donner à la personne le sentiment qu’elle compte (appartenance), qu’elle est autonome lorsqu’elle est encouragée à explorée par elle-même et à faire ses choix (autonomie) et qu’elle est capable (compétence).

Les études sur des enfants indiquent qu’ils internalisent beaucoup mieux les contraintes scolaires lorsque les parents soutiennent leur autonomie (Chirkov et Ryan, 2001).

Les effets

Leçon 4 : Les formes de motivation autonomes génèrent une meilleure santé mentale, une meilleure performance scolaire et professionnelle, plus de persévérance et d’implication sur le long-terme et moins d’épuisement professionnel (Black et Deci, 2000 ; Fernet, Guay, et Senecal, 2004 ; Pelletier, Fortier, Vallerand, et Brière, 2001 ; Vallerand et Bissonette, 1992 ; Ryan, Rigby, et King, 1993).

Un autre effet important est sur la vitalité : le degré d’énergie psychologique et physique disponible en soi.

Deux facteurs contribuent à augmenter la vitalité : la satisfaction des besoins psychologiques d’une part, et le fait de faire les choses pour soi-même (motivation autonome) d’autre part. A l’inverse, une motivation contrôlée (faire les choses sous pression externe) a tendance à coûter de l’énergie. (Moller, Deci, & Ryan, 2006).

L’influence du contexte social

La TAD prend en compte l’interaction entre l’individu et son environnement social.

L’individu peut prendre soin de ses besoins psychologiques en s’autonomisant et en apprenant à vivre sa vie pour lui plutôt que pour des raisons externes, en prenant conscience de ses compétences et en les développant et enfin en cultivant des relations épanouissantes.

Cependant, la TAD indique que l’environnement social a également un rôle crucial sur la satisfaction de ces besoins.

L’environnement social peut faciliter la satisfaction de ces besoins ou au contraire leur frustration. Et cela se répercute sur la motivation et le bien-être de l’individu.

L’environnement social, c’est les personnes clefs qui nous entourent dans nos différents contextes : au travail, à l’école, à la maison, en thérapie…

Un style de management qui soutient les besoins psychologiques facilite l’implication, la motivation, la performance et le bien-être des employés.

Il en va de même pour le style d’enseignement, le style de parentalité et le style du thérapeute.

 FaciliteMenace
Besoin d’autonomie
  • Proposer des choix
  • Recueillir les avis et préférences
  • Permettre à la personne de s’auto-évaluer et de s’auto-renseigner à travers des questions guidantes
  • Communiquer de manière informationnelle plutôt que contrôlante
  • Apporter des explications et des raisons aux contraintes et décisions
  • Repérer ce qui motive la personne et a du sens pour elle et lui permettre de s’en rapprocher
  • Imposer systématiquement
  • Ignorer ce que la personne préfère
  • Contrôler ce que la personne fait et être en posture de savoir à sa place en ignorant son expertise
  • Communiquer pour contrôler avec directivité et culpabilité
  • Ne jamais expliquer les décisions
Besoin de compétence
  • Créer un contexte de sécurité psychologique avec le droit à l’erreur et le droit à la prise d’initiative
  • Exprimer des attentes et des objectifs clairs
  • Repérer les ressources, forces et capacités et donner des feedbacks positifs sur ce qui est bien fait ou sur les tentatives innovantes
  • Faire des retours en parlant du comportement et des stratégies spécifiques au contexte plutôt que de l’identité globale de la personne
  • Créer un contexte facilitant l’apprentissage
  • Donner des encouragements et des conseils pour progresser
  • Créer un contexte d’insécurité dans lequel la personne est disqualifiée ou humiliée en cas d’erreur ou d’initiatives
  • Peu communiquer ou de manière floue les attentes
  • Repérer systématiquement ce qui dysfonctionne plutôt que ce qui est bien fait
  • Faire des retours en parlant de l’identité, surtout pour les problèmes (tu es nul, tu es incapable, tu n’es pas doué pour cette tâche)
  • Créer un contexte qui ne prend pas en compte le processus de progression et d’apprentissage
  • Ne jamais donner de conseils pour faire différemment
Besoin d’appartenance
  • Se préoccuper des difficultés de l’autre et lui apporter du soutien
  • Apporter de la considération et de l’attention
  • Être vigilant à ce que chacun trouve une place confortable et sécurisante pour qu’il puisse être lui-même, exprimer ses capacités et sa créativité, sans quoi il risque de porter un masque et sera sur la défensive si la place est instable
  • Être indifférent aux difficultés des autres
  • Exprimer une distance et du rejet
  • Insécuriser la place de chacun en comparant les personnes entre elles, en isolant ou en menaçant psychologiquement

Les buts de vie et l’orientation de causalité

La TAD propose également 2 facteurs de différenciation des individus : l’orientation de causalité et la nature des objectifs de vie.

Orientation de causalité

Ce concept renvoi à la tendance de l’individu à adopter globalement un type de motivation plutôt qu’un autre.

L’orientation peut prendre 3 formes : autonome, contrôlée ou impersonnelle.

  • Autonome : l’individu privilégie le fait de faire des activités pour des raisons internes, il est engagé et proactif. Elle est associée un meilleur fonctionnement psychologique et de meilleures performances.
  • Contrôlée : l’individu privilégie des motivations contrôlées, il est plus sensible aux résultats externes (récompenses ou punition) et à la pression des autres. Elle est reliée à un fonctionnement plus rigide et à une dégradation du bien-être.
  • Impersonnelle : l’individu a tendance à adopter une posture résignée et une absence de motivation, car il estime qu’il n’est pas possible ou pas en capacité d’influencer les évènements. Elle est associée à une santé mentale détériorée.

Selon les auteurs, le fait d’adopter un style motivationnel plutôt qu’un autre dépend du profil de satisfaction des 3 besoins :

  • L’orientation autonome apparaît lorsqu’il y a eu une satisfaction des 3 besoins psychologiques.
  • L’orientation contrôlée provient de la frustration du besoin d’autonomie et d’une satisfaction des besoins de compétence et de lien social.
  • L’orientation impersonnelle vient de la frustration des 3 besoins.

Buts de vie

L’individu peut avoir une préférence pour deux grandes catégories de buts de vie :

  • Les buts extrinsèques : recherche de résultats extérieurs (richesse financière, de gloire et de réputation) et donc d’indicateurs externes de valeur et de satisfaction.
  • Les buts intrinsèques : recherche de buts motivants en soi, liés à des indicateurs internes de satisfaction et de valeurs (croissance personnelle, nouer des relations aux autres…)
Leçon 5 : Un style de management qui soutient les besoins psychologiques facilite l’implication, la motivation, la performance et le bien-être des employés.

Les personnes ayant une aspiration intrinsèque ont leurs besoins psychologiques plus satisfaits et une meilleure santé mentale. (Vansteenkiste, Simons, Lens, Sheldon, & Deci, 2004).

A l’inverse, les personnes ayant leurs besoins psychologiques frustrés ont tendance à rechercher à l’extérieur d’elles des indicateurs de valeurs comme moyen de compensation des besoins insatisfaits. C’est pourquoi lorsqu’elles parviennent à leur objectif, leurs besoins psychologiques restent tout de même frustrés et elles ne sont pas nécessairement plus heureuses.

Prochainement sur la newsletter : un prochain article approfondira les applications pratiques de la théorie de l’auto-détermination pour accompagner au mieux les patients en facilitant leur motivation, leur implication et leur bien-être.

Ce qu'il y a de fabuleux avec la connaissance, l'amour et le bonheur, c'est qu'ils sont décuplés lorsqu'on les partage.

5 commentaires sur “Théorie de l’auto-détermination, motivation et bien-être

  1. Un immense merci pour ces articles ! Je suis éducateur canin comportementaliste et je retrouve énormément de concepts que j’utilise au quotidien tant avec les propriétaires qu’avec leurs chiens, d’autant plus que j’utilise des méthodes de modification comportementale dites positives! C’est un vrai plaisir de vous lire.

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