Intelligence émotionnelle : les 10 compétences à développer

Emotions : alliées ou ennemies ?

D’un côté, des études indiquent que les émotions sont utiles et adaptatives et de l’autre, des études indiquent qu’elles peuvent fortement nuire à notre santé mentale.

Comment expliquer ce paradoxe ? Grâce au concept d’intelligence émotionnelle. Ce n’est donc pas uniquement les émotions qui déterminent l’impact positif ou négatif, mais également ce que l’individu en fait. Autrement dit la relation qu’il entretient avec elles et les outils qu’il dispose pour mieux les appréhender sans défense inutile et coûteuse.

LEÇON 1 :« L’intelligence émotionnelle compte tout autant que le QI dans la réussite et l’adaptation à son milieu »

Les études convergent pour indiquer que les compétences émotionnelles influencent notre santé mentale, la qualité de nos relations sociales et conjugales, la performance scolaire et professionnelle et la santé physique.

Les 10 compétences émotionnelles

Il existe plusieurs modèles de l’intelligence émotionnelle, mais celui de Moïra Mikolajczak me semble le plus pertinent et le plus spécifique aux émotions. Les autres incluent des dimensions qui relèvent des compétences psychologiques et sociales, mais moins centrées sur les émotions.

Ce modèle se compose de 5 grandes dimensions avec 2 versants : d’un côté il s’applique à ses propres émotions (intelligence émotionnelle individuelle) et de l’autre aux émotions d’autrui (intelligence émotionnelle sociale). Cela fait donc 10 compétences en tout (5 dimensions x 2 versants).

C’est essentiel de faire la différence entre les 2 versants : appliquer une compétence à soi et à autrui. Car on ne passe pas exactement par les mêmes sources d’information pour identifier comment on se sent et comment quelqu’un d’autre se sent. Pour soi ça passe en partie par repérer ses sensations internes et ses pensées, alors que pour l’autre ça passe en partie par interpréter ses signaux non verbaux comme l’expression faciale.

CONSEIL PRATIQUE : Ce modèle en 5 dimensions permet de diagnostiquer facilement le profil de la personne : sur quelles compétences est-elle douée et lesquelles a-t-elle le plus besoin de développer ?

Cas pratique 1 : Une personne vient en consultation et rapporte des difficultés relationnelles dans lesquelles elle ressent souvent un déséquilibre en sa défaveur. Avec le modèle des compétences émotionnelles, on peut se demander si elle capable d’identifier ses émotions, de comprendre ses besoins, de les exprimer à autrui, mais aussi peut être de réguler ses émotions par anticipation en choisissant des relations plus respectueuses de son besoin de trouver sa place ?

Cas pratique 2 : Si à l’inverse, les difficultés relationnelles tournent souvent autour d’une prise de distance de la part des autres personnes ou même de conflits répétés, a-t-elle des capacités d’exprimer ses émotions de manière constructive, de les réguler et d’écouter les émotions les autres ?

Les 3 niveaux d’intelligence émotionnelle

Les compétences émotionnelles se répartissent sur 3 niveaux selon Moïra Mikolajczak :

  1. Connaissances (savoir) : avoir des connaissances sur nos émotions (ex: savoir que la peur est causée par la perception d’un danger réel ou imaginaire, qu’elle génère une réaction d’évitement et qu’une manière de la gérer peut passer par la relaxation ou la réévaluation de la gravité de la situation)
  2. Habiletés (savoir-faire) : avoir des compétences (ex : savoir se relaxer après avoir appris à le faire)
  3. Habitudes ou traits de personnalité (savoir-faire régulièrement) : faire des compétences une habitude régulière dans les situations, notamment dans les situations où nous en avons le plus besoin. (ex : avoir l’habitude de se relaxer régulièrement et notamment en situation de stress comme une sorte de réaction automatique)

L’utilité de nos émotions

LEÇON 2 : Les émotions ont une fonction et une utilité, même celles qu’on n’aime pas ressentir.

Voici 4 grandes fonctions des émotions :

  1. Informer et alerter : en attirant l’attention sur un aspect important de la réalité, en relation avec nos objectifs et en envoyant des signaux sociaux aux autres (ex : la peur va nous amener à focaliser notre attention sur le danger et à être hypervigilant pour détecter d’autres dangers potentiels. Notre peur étant visible des autres, ils peuvent aussi être rapidement alerté du danger.)
  2. Préparer l’action : elle nous pousse à agir dans une direction déterminée et de manière rapide (ex : la peur prépare notre corps à une réaction physique avec un boost d’adrénaline pour affronter un danger plus efficacement ou l’éviter en courant rapidement).
  3. Aide à la décision : pour les décisions, nous pensons être rationnel, mais en réalité nous nous basons régulièrement sur nos émotions et intuitions. Notre intuition permet de traiter l’information qui contient beaucoup de paramètres et avec rapidité. Par exemple, pour acheter auprès d’un vendeur, plutôt que de faire un tableau rationnel du pour et du contre, nous pouvons nous appuyons sur comment nous nous sentons et si nous avons une sensation d’inconfort, nous pouvons dire que nous ne le sentons pas, parfois sans pouvoir l’expliquer davantage. Le traitement intuitif est capable de traiter rapidement pleins de données en même temps, mais nous n’avons pas accès aux processus de traitement, seulement au résultat.
  4. Aide à l’adaptation : l’objectif des émotions est de permettre de retrouver un équilibre interne (se sentir mieux) et un équilibre externe (s’adapter à son environnement en satisfaisant ses besoins). Nos émotions nous indiquent ainsi lorsque nous besoins sont frustrés ou satisfaits (ex : la peur indique une menace à notre besoin de sécurité par la présence d’un danger potentiel) et nous pousse à adopter des comportements visant à lutter, éviter ou se prémunir du danger (ex : face à la peur d’être ridicule devant un public avec le risque d’oublier son texte, nous pouvons être tentés de le relire plusieurs fois pour le maîtriser sous l’impulsion de la peur)

Il existe 2 types de déclencheurs émotionnels :

  • Concernant les objectifs de l’individu : ce qui les menace (émotions désagréables) ou les facilite (émotions agréables)
  • Concernant les croyances fondamentales de l’individu : ce qui les remet en question (émotions désagréables) ou les valide (émotions agréables)
EMOTIONSTENDANCE A L’ACTIONFONCTIONCONTEXTES UTILES
PEURFuirEviter les dangersActivités risquées
COLEREAttaquerSurmonter les obstaclesComportements d’autrui inacceptables (manque de respect, injustice, contraire aux valeurs…)
DEGOUTRejetMise à distance de ce qui est perçu comme mauvais pour soiComportement d’autrui à l’opposé de ses valeurs morales, de ce que l’on peut supporter
TRISTESSERetraitRetrait et réflexion sur les erreurs commises, préservation de soi, communication avec les autres pour recevoir du soutienRelations sociales et affectives importantes
JOIEApproche, OuvertureEnergie pour continuer sur cette voie, percevoir de nouvelles opportunités et partager aux autresActivités satisfaisantes Activités sociales
SURPRISERetraitVigilance face à une situation imprévue, apprendre en mettant à jour nos attentes, se préserver face à un élément inconnuSituations nécessitant une vigilance ou un apprentissage
CULPABILITERéparerRéparer une faute, un comportement qui a pu blesser un proche ou un comportement à l’opposé de nos valeursSituation de responsabilité et relations sociales
HONTEDiscrétion, retraitPrendre conscience de l’impact de nos comportements lorsqu’ils peuvent être inadaptés au contexte et risquent d’entraîner des jugements ou du rejetSituations d’intégration sociale

Les prochains articles à venir sur la newsletter approfondissent comment développer l’intelligence émotionnelle en pratique, notamment comment réguler ses émotions.

Bibliographie

Mikolajczak, M., Quoidbach, J., Kotsou, I., & Nelis, D. (2020). Les compétences émotionnelles. Dunod.

Ce qu'il y a de fabuleux avec la connaissance, l'amour et le bonheur, c'est qu'ils sont décuplés lorsqu'on les partage.

12 commentaires sur “Intelligence émotionnelle : les 10 compétences à développer

    1. Merci, cela me fait très plaisir !
      D’autant plus si les théories de psychologie peuvent faire une petite différence à l’école.

      J’en profite pour partager un diplôme universitaire dans lequel j’interviens qui forme les enseignants aux théories et outils psychologiques pour Promouvoir la motivation et le bien-être à l’école.
      Plus d’infos par ici si cela intéresse les enseignants : DU PROMOBE

  1. Merci beaucoup!!! Je vais savourer vos fiches de lecture pour compléter ma formation de praticienne en psychopedagogie positive !!! Prof des écoles en reconversion, je travaille à fond mon nouveau projet pro et les formations ne sont pas données, ou bien trop loin…
    Je me documente par moi même du coup! Merci beaucoup!
    Amandine

  2. Merci à Joran pour ce bel article à la fois clair et synthétique sur les compétences émotionnelles; J’ai 66ans je suis retraité de la fonction publique hospitalière (j’étais formateur à l’institut de formation des cadres de santé à Toulouse) et je m’intéresseà la psychologie positive depuis plusieurs années.J’envisage de faire la formationd’annimateur d’un groupe C A R E en 2021 si les conditions le permettent!!!!!!! Le D U m’enteresse aussi mais TOULOUse Grenoble ça fait un peu loin !Votre espace ressource est vraiment formidable et c’est avec grand plaisir que je continuerai à lire vos articles et autres productions.Merci encore .Parick

  3. Merci pour ce formidable éclairage. Votre aide est précieuse. Je suis infirmière libérale et j’envisage une reconversion professionnelle dans la psychothérapie. Les relations humaines m’ont toujours intéressées.
    Je vais pouvoir ainsi avoir des références pour me documenter.

  4. Bonjour Joran merci pour cette fiche !
    Je vois qu’il n’est pas fait de distinguo entre sentiments et émotions. Est ce que cela signifie que l’auteur n’en fait pas cas ?

    1. Bonjour Elodie,

      Merci pour le point de subtilité que vous apportez avec la distinction entre sentiments et émotions.
      La différence entre les 2 peut varier selon les auteurs.
      Une fréquente serait de considérer l’émotion comme un mouvement s’inscrivant plus dans l’expérience corporelle et avec une temporalité courte (quelques minutes).
      Le sentiment serait plus proche d’une construction mentale, plus complexe, qui pourrait s’appuyer sur l’émotion mais pas que et serait associé à l’évaluation implicite de la situation.

      Enfin, l’humeur est généralement un état plus diffus, prolongé et global, alors que les émotions sont plus intenses, rapides et sont plus précises quant à l’objet cible ou à la tendance à l’action associée.

      Je vous partage une petite métaphore : celle de la baignoire. L’humeur peut être représentée par l’eau du bain déjà présente, autrement dit l’ambiance dans laquelle nous baignons. L’émotion serait l’arrivée d’eau (chaude ou froide) en contact immédiat avec le corps. Nous pouvons poursuivre la métaphore en ajoutant que si le robinet déverse une quantité régulière d’eau à la même température cela viendrait modifier la température globale du bain ; ainsi des expériences émotionnelles répétées dans le temps influencent la tonalité de l’humeur.

      Je serais curieux d’entendre aussi la différence que vous pouvez faire entre les deux 🙂
      Bonne journée,

  5. Bonsoir Joran,
    Un grand merci pour cette synthèse très intéressante.
    Pour ma part, je fais la différence entre “connaissance” et “savoir”. Il me semble que la connaissance est ce que l’on porte en nous de manière innée. Ce n’est pas ce que l’on apprend ou étudie mais plutôt “ce avec quoi on arrive en naissant” (co-naissance ou co-nais-sens). Le savoir est le résultat d’un apprentissage (apprentis-sage), donc une compétence. Quant aux habitudes, elles ne sont que le résultat d’une intégration du savoir acquis.
    Pour la différence entre Emotions et Sentiments, je rejoins votre point de vue. Les sentiments s’inscrivent plus sur la durée, tandis que les émotions sont intenses très rapidement. Elles interviennent de façon “brutale”, voire “violente” sur un temps globalement plus court (enfin tout dépend de “ce que l’on en fait”). J’ajouterai que le ressenti peut être ce qui permet de percevoir l’émotion d’autrui. Il passe dans le corps de manière fugace lorsque nous sommes en contact avec quelqu’un “chargé” en émotions…Si l’on arrive à différencier les émotions qui ne nous appartiennent pas de celles qui sont nôtres, alors, elle disparaissent rapidement. Sinon, nous remplissons la fonction d’une “éponge” qui absorbe le flot des émotions, et sans même nous en rendre compte.

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