Résilience et psychologie positive : théorie et pratiques

LEÇON 1 : La résilience est la capacité de pouvoir faire face ou s’adapter aux événements aversifs, stressants ou menaçants.

En tant qu’être humain nous sommes amenés à vivre des expériences heureuses, mais aussi des expériences de souffrance (perte, rupture, déception…).

Il existe plusieurs réponses possibles face à une même situation, nous ne sommes donc pas égaux dans notre manière de réagir aux situations difficiles.

Nous ne pouvons pas toujours influencer les événements de vie qui nous arrivent, nous pouvons cependant influencer ce que nous en faisons et comment nous réagissons.

La résilience, c’est l’exploration de nos ressources et de nos marges de manœuvre face à l’adversité.

LEÇON 2 : Un concept proche de la résilience est celui de croissance post-traumatique, proposé par Calhoun & Tedeschi (1999). Il s’agit des « changements psychologiques positifs expérimentés suite à la confrontation à un évènement traumatique ou à une crise de vie majeure ».

Nous nous attendons souvent aux conséquences douloureuses et pathologiques du traumatisme, mais nous passons parfois à côté de l’exploration des aspects de croissance avec nos patients.

Cependant, la croissance post-traumatique n’est pas toujours présente, cela dépend de la personne et de la nature de l’événement traumatique.

Il est important de l’explorer avec prudence sans venir dire au patient qu’il devrait faire l’expérience de croissance. Et sans que l’exploration de la croissance n’ait pour fonction d’éviter la place faite à la détresse.

Face au traumatisme, plusieurs dimensions de vie peuvent évoluer positivement :

  • Le développement de nouvelles ressources personnelles
  • Une ouverture à de nouvelles possibilités
  • Un réinvestissement des relations précieuses ou s’ouvrir à de nouvelles relations
  • Revenir à ce qui est essentiel, prioritaire et faire de la place à ses valeurs et à une dimension spirituelle (religieuse ou non)
  • Se reconnecter avec la valeur et l’appréciation de la vie

Cela me rappelle l’interview d’un homme politique français qui suite à une crise cardiaque a pris conscience que le temps est court et la vie précieuse. Il a décidé de se recentrer sur ses priorités et sur l’essentiel, notamment passer du temps avec sa famille.

Ce graphique permet de se représenter facilement les différentes réactions possibles. En réalité, il est assez simpliste et les choses sont plus complexes comme vous pourrez le voir au fur et à mesure de cet article.

Résilience et trajectoires de vie

La plupart des études sur la résilience commencent à suivre la personne à partir de l’événement potentiellement traumatique. Cependant, cela ne permet pas de savoir comment la personne allait avant l’événement de vie et quels étaient ses ressources et facteurs de risque.

Les chercheurs ont donc mis en place des études longitudinales en suivant les personnes bien avant l’événement difficile pour explorer la trajectoire de résilience.

Je vous présente les résultats d’une étude sur le sujet.

Résilience face à la perte d’un être cher

Perdre son compagnon ou sa compagne est une des expériences les plus douloureuses et stressantes au cours d’une vie.

George Bonanno et ses confrères (2002) ont suivi 205 personnes plusieurs années avant la perte de leur épouse, puis 6 et 18 mois après.

Ils ont identifié 5 trajectoires possibles :

  • La résilience : qu’ils définissent comme une absence d’apparition de symptomatologie dépressive
  • Le deuil commun : c’est l’apparition d’une symptomatologie dépressive puis d’une récupération.
  • La dépression chronique : des individus qui étaient déjà dépressifs avant la perte de l’épouse et le sont encore après.
  • Le deuil chronique : des individus qui allaient bien avant et qui ont développé un deuil chronique suite à la perte de l’épouse.
  • La dépression améliorée : de manière surprenante, des personnes qui souffraient de dépression avant et qui se sont rétablis à la suite du deuil.

Grâce à cette étude, on peut faire la différence entre un deuil chronique et une dépression chronique, ce qui n’était pas possible dans les autres études où l’on ne prenait pas en compte le fonctionnement psychologique avant le décès.

LEÇON 3 : La résilience est la réponse la plus fréquente.

Les 3 trajectoires positives (résilience, récupération et rétablissement de la dépression) concernent plus de 76% des participants face à la perte de leur épouse.

Nous oublions parfois que la résilience est la réponse dominante, car en consultation nous recevons en thérapie essentiellement les personnes en difficulté.

Tout comme les policiers peuvent avoir une représentation du monde biaisée en majorant ses aspects sombres et mauvais, car ils sont confrontés essentiellement à une population de victimes et de criminels.

Les auteurs ont étudié les facteurs qui prédisent le fait d’adopter une trajectoire de résilience avant le décès de l’épouse :

  • La résilience est associée à une vision du monde qui permet l’intégration de l’événement dramatique : les personnes résilientes ont une acceptation de la mort, la croyance en un monde juste et moins le sentiment d’injustice personnel ou que les événements négatifs sont incontrôlables.
  • Le deuil chronique est associé à une tendance à la dépendance à son épouse et de manière générale avant la perte de la personne, et à un soutien matériel faible.
  • Les personnes dépressives chroniques avaient une vision peu positive de leur mariage, une instabilité émotionnelle, une faible confiance dans leur manière de faire face aux événements stressants et pensaient que les événements négatifs étaient incontrôlables.
  • Les personnes qui ont vu une amélioration de leur dépression étaient négatives et ambivalentes à propos de leur mariage, avaient plus souvent une épouse malade physiquement, avaient très peu de soutien matériel, étaient très émotionnellement instables et pensaient que le monde était injuste vis-à-vis d’eux.

Et pour les autres événements traumatiques ?

Une méta-analyse (Galatzer-Levy & al., 2018) reprend 64 études de type trajectoire de vie face aux événements potentiellement traumatisants (accidents, perte d’emploi, militaires en opération, policiers ayant faite face à des événements stressants…).

La conclusion est la même : la réponse dominante est toujours la résilience (65,7%). Loin derrière une réponse de récupération (20,8%), de difficultés chroniques (10,6%) et enfin une apparition différée des difficultés (8,9%).

Les facteurs de résilience

Une méta-analyse de taille sur la résilience a regroupé plus de 31 000 participants à partir de 33 études (Lee, 2013).

LEÇON 4 : Leçon : Ce qui influence le plus la résilience sont les facteurs protecteurs (auto-efficacité, affects positifs, estime de soi, satisfaction de vie, optimisme et soutien social).

Le facteur le plus relié à la résilience était l’auto-efficacité : la capacité de faire face au changement et d’avoir un répertoire de compétences utiles comme la capacité de résolution de problèmes.

Les facteurs de risques (dépression, anxiété, affects négatifs, stress perçu…) influencent également la résilience, mais sont moins importants que les facteurs protecteurs.

Les stratégies de coping

Nous ne choisissons pas toujours nos évènements de vie, mais nous pouvons choisir nos réactions, c’est ce qu’on appel les stratégies de coping ou stratégies d’adaptation (Lazarus & Folkman, 1984).

Pour simplifier, nous avons 2 grands leviers face aux événements stressants :

  1. Un levier comportemental : il s’agit d’agir pour changer la situation, obtenir du soutien ou s’engager dans des activités protectrices. (Agir, résoudre les problèmes, persévérer, chercher des informations et des solutions, obtenir du soutien social, chercher des conseils, maintenir des activités agréables, faire du sport, garder une bonne hygiène de sommeil…)
  2. Un levier mental : il s’agit de changer la perception et la relation que nous avons à la situation en influençant nos croyances, nos exigences, nos règles mentales, nos émotions. (Optimisme, acceptation, gratitude, auto-compassion, émotions positives, auto-efficacité, diminuer ses exigences, revoir ses croyances et règles mentales, changer son focus attentionnel…)
« Vous n’êtes pas sans espoir, ce sont les stratégies utilisées qui sont sans espoir ».

Quelques études intéressantes

Une étude de Bonanno et ses confrères (2012) sur 233 personnes ayant eu une lésion de la moelle épinière indique que la réponse dominante est une réponse de résilience. Les personnes les plus résilientes ont tendance à percevoir les stresseurs comme des challenges plus que des menaces, et utilisent des stratégies de coping d’acceptation et d’adaptation (trouver des astuces pour rendre la vie plus facile suite à la lésion) et moins de comportements d’évitement.

La gratitude : une étude de Krause (2009) sur plus de 800 personnes indique que la gratitude est un facteur protecteur contre la dépression lorsqu’une personne peut avoir des difficultés financières temporaires.

L’auto-compassion est un facteur protecteur contre la dépression lorsqu’un élève est dans une situation d’épuisement scolaire. Ces résultats sont issus d’une étude en Corée sur 350 étudiants. (Kyeong, 2013).

Une étude de King & Miner (2000) sur 118 participants indique qu’écrire à propos d’un événement potentiellement traumatisant ou à propos des bénéfices perçus réduit le nombre de visites chez le médecin.

Cela va dans le sens des recherches de Pennebaker sur les effets positifs de l’écriture émotionnelle, en rajoutant qu’être centré sur les bénéfices peut être efficace également.

Agir sur les facteurs de résilience

Satisfaction de vieRepérer les valeurs de la personne et les activités qui la rendent heureuse.
Développer l’optimisme et les émotions positives. Permettre à la personne de se rapprocher de son idéal de vie en agissant ou en diminuant les attentes.
Affects positifsS’engager dans des activités agréables
Savourer les moments agréables (pleine conscience) Apprendre à orienter notre attention vers les moments importants et plaisants du passés, présents et futurs  
Auto-efficacitéExplorer les ressources de la personne
Les moments où elle a su s’adapter et faire face dans sa vie ainsi que les stratégies de coping qu’elle a su mettre en œuvre
Soutien socialApporter un espace sécurisant pour la personne
L’inviter à garder des liens sociaux avec ses proches, à s’ouvrir émotionnellement aux personnes ressources et à rencontrer de nouvelles personnes
Estime de soi et Auto-compassionDévelopper une relation bienveillante à soi-même
Sortir de l’auto-critique et des ruminations disqualifiantes sur soi-même pour faire équipe avec soi.
OptimismeStratégie de réattribution causale : changer la manière dont les personnes interprètent les échecs et réussites.   Faire imaginer un futur satisfaisant et repérer les petits pas pour y parvenir
Style de coping flexible et adaptatifRepérer les stratégies utiles et adaptées au contexte de la personne.
Promouvoir une réaction active centrée solution, gestion des émotions ou de soutien social.  
GratitudeTenir un journal de gratitude
Prendre le temps de se rappeler des personnes qui ont fait une différence dans notre vie et leur exprimer notre reconnaissance si cela est possible.
Ecrire une lettre de gratitude à une personne clef dans notre vie.

Les questions de résilience

LEÇON 5 : Une approche centrée ressources consiste à explorer les ressources et ce qui fonctionne chez la personne plutôt que uniquement ses problèmes et déficits.

Ce type d’approche va permettre d’agir sur plusieurs facteurs de résilience en même temps : l’optimisme, les affects positifs, le sentiment d’auto-efficacité et les stratégies de coping adaptatives.

Voici un exemple de questions de résilience pour explorer ce qui marche :

  • « Qu’est-ce qui vous permet de tenir malgré tout ? »
  • « A quel moment, cela a été le plus difficile ? Et qu’est-ce qui vous a permis de dépasser ce moment ? »
  • Par le passé, avez-vous déjà traversé des moments difficiles que vous avez pu dépasser ? Qu’est-ce qui vous a permis de les dépasser ? Qu’est-ce que cela dit de vos ressources et de vos compétences ?

Il est possible de poser les questions de résilience au passé (comment elle a fait pour s’adapter) au présent (comment elle fait en ce moment) et au futur (qu’est ce qui l’aidera à tenir).

Exemple d’un cas clinique :

J’ai eu en suivis une patiente de 30 ans qui avait été victime de harcèlement et de brimades répétés à l’école.

Cela a laissé des marques fortes sur son estime corporelle et psychologique, sur sa tendance à être très critique envers elle-même et sur la place insignifiante qu’elle se fait dans les relations.

Lors d’une séance, j’ai pris le temps avec elle d’explorer comment elle avait fait pour survivre et tenir face à ces harcèlements répétés chaque jour pendant plusieurs années.

Elle m’a décrit que le soir, elle se créait son propre univers à elle dans lequel elle était bien et avait sa place. Elle s’immergeait dans les mangas et la musique. Elle s’était créé un personnage de manga imaginaire, une version améliorée d’elle-même, qui l’a aidé à tenir toutes ces années.

Quand la réalité est insupportable et qu’on ne peut s’en dégager, se créer une réalité alternative est parfois la seule manière de tenir.

Je lui ai ensuite demandé ce que ça disait d’elle ce qu’elle avait pu mettre en place pour tenir et être là aujourd’hui pour me raconter cela.

Elle m’a répondu que ça faisait d’elle une personne créative, combative et endurante.

S’arrêter pour poser des questions d’adaptation et de résilience, permet de remettre de la surprise et de la curiosité sur les capacités de nos patients qui sont passés par des phases difficiles de vie. Cela a contribué à faire passer du sentiment que l’adaptation va de soi à la perception que cela a nécessité un effort constant et répété pour tenir et que des ressources ont été présentes et mobilisées.

J’ai continué la séance en mentionnant que le contexte présent n’était plus le même que le contexte passé. Que les stratégies passées ont été nécessaires pour survivre et tenir dans un contexte donné. Puis, je lui ai demandé comment les ressources qu’elle a repéré en elle pourraient lui servir dans son contexte présent.

Les 10 facteurs de résilience familiale

Un article de Black & Lobo (2008) s’intéresse à la résilience familiale.

Ils déplacent le focus de l’individu vers le système dans lequel il est en interaction : la dynamique familiale.

LEÇON 6 : La résilience familiale : c’est les ressources qui permettent à la famille de faire face et de s’adapter aux changements, aux événements difficiles et menaçants.

Les auteurs proposent d’appréhender la dynamique familiale avec une approche centrée ressources plutôt que centrée déficits. Cela permet de s’appuyer sur ce qui marche déjà et de faire alliance avec la famille pour amplifier les facteurs de résilience.

Ils identifient que la résilience familiale s’appuie sur les facteurs suivants :

  1. Une vision positive : optimisme, confiance, partage des émotions agréables, humour…
  2. La spiritualité : valeurs partagées qui permettent de donner un sens aux événements aversifs
  3. La cohésion familiale : proximité, respect, amour, prendre soin et avoir de la considération pour les uns et les autres, une présence parentale à la fois structurante et chaleureuse
  4. La flexibilité : la capacité de se réorganiser face à l’adversité, le fait que chacun se sente appartenir à la famille tout en ayant une identité propre
  5. La communication familiale : clarté, communication émotionnelle ouverte, stratégie de résolution de problème collaborative
  6. La gestion financière : une bonne gestion financière et le maintien d’une proximité relationnelle malgré les difficultés financières
  7. Le temps de famille : un temps de présence et de qualité passé en famille contribue à construire la continuité et la stabilité familiale.
  8. Les loisirs partagés : s’amuser en famille autour d’activités et de loisirs contribuent à nourrir le bien-être et facilite le développement des compétences sociale et cognitives
  9. Les routines et rituels : activités régulières qui maintiennent une proximité familiale, même en période de crise et construisent un sentiment de sécurité et de prévisibilité.
  10. Un réseau soutenant : le soutien et les échanges de ressources que la famille peut avoir avec l’extérieure (ouverture aux autres, soutien)
Ce qu'il y a de fabuleux avec la connaissance, l'amour et le bonheur, c'est qu'ils sont décuplés lorsqu'on les partage.

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