Théorie de l’autodétermination : applications pratiques en thérapie, en coaching et au travail

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, la Théorie de l’auto-détermination (TAD) est une théorie fondamentale de la motivation et du bien-être.

Cet article vous expliquera comment nous pouvons l’appliquer en thérapie, en coaching, au travail et à l’école pour faciliter la motivation, le bien-être et l’implication des personnes.

Thérapie & coaching

La TAD nous permet de dévérrouiller des puissants leviers motivationnels pour faciliter l’implication, la persévérance et le bien-être des personnes accompagnées.

Diagnostiquer la demande du patient

La première application pratique de la TAD est d’aider au diagnostic de la demande du patient et de son type de motivation.

Vient-il pour des raisons externes ou internes ?

Il est possible dans un premier temps de catégoriser la motivation globale, est ce qu’elle est plutôt autonome (raisons internes) ou plutôt contrôlé (par les résultats ou par une personne externe comme la justice, un parent ou un partenaire de vie).

Puis dans un second temps, d’affiner le diagnostic de la motivation en se demandant si elle est plutôt liée à des objectifs internes valorisés (motivation identifiée) ou alors si la personne s’implique par culpabilité ou honte (motivation introjectée), ou pour des résultats externes comme ne plus avoir de problème avec la justice (motivation externe).

L’idée est de créer des conditions facilitant l’internalisation d’une demande personnelle en soutenant une motivation autonome. Car c’est ce type de motivation qui génère une réelle implication personnelle.

Si la personne vient par contrainte de justice et qu’elle n’a pas internalisé l’utilité de la thérapie, il y a peu de chance qu’elle se mette au travail dans ces conditions. La personne sera présente pour avoir les attestations de présence, mais risque de ne pas aller plus loin. Le travail avec elle vise à lui permettre de s’approprier cette obligation de consultation pour faire émerger une demande personnelle.

Pour cela, il est possible de :

  • Soutenir les 3 besoins psychologiques dans la relation : le besoin d’autonomie (respecter la liberté de la personne plutôt que la contraindre), le besoin de connexion sociale (la faire se sentir à l’aise, en sécurité et développer une proximité relationnelle) et le besoin de compétence (encourager, valoriser les ressources, les capacités et les points de progression).
  • Soutenir ces besoins ne signifie pas être dans l’illusion de ce qui se passe : il est souvent important d’expliciter la dynamique relationnelle improductive qui est en place pour la réguler et envisager une manière alternative de fonctionner. Ne pas parler de ce qui se passe contribue à la valider.
  • Accéder à ce qui pourrait être précieux pour elle : « Puisque vous êtes obligé de venir, qu’est-ce que vous pourriez y trouver d’utile pour vous ? », « Qu’est-ce qui vous fera dire que ça vaut quand même le coup de venir ? »
  • Ou encore de repérer les valeurs personnelles derrière la raison externe qui prend toute la place et qui contrôle la personne : « Vous me dites que vous venez surtout pour suivre votre obligation de soin et ne plus avoir de problème avec la justice… si vous ne venez plus qu’est ce qui se passera que vous ne souhaitez pas ? » « Ma peine va augmenter » « Si votre peine augmente, qu’est-ce que vous ne pourrez plus faire d’important ? » « Ça va me priver de ma liberté, de pouvoir être avec ma famille et de trouver un travail », « Si je comprends bien, vous venez ici pour maintenir votre liberté, votre présence à votre famille et vous assurer de pouvoir trouver un travail, c’est bien ça qui compte pour vous ? »

La demande du patient est souvent en lien avec ses schémas psychologiques : par conséquent, en répondant à sa demande, on contribue à encourager ce qui lui pose problème. Il est donc capital de bien comprendre la demande du patient et sa fonction dans son fonctionnement personnel.

Par exemple il arrive qu’un patient vienne travailler l’affirmation de soi pour que sa compagne ne soit plus déçue ou ne le quitte pas (motivation contrôlée). Même s’il semblera plus affirmé en surface, la fonction reste de répondre aux attentes de l’autre. Les systémiciens diraient qu’ils se trouvent dans une double contrainte.

Il est donc toujours utile de demander au patient ce qui l’a amené à venir consulter, pour quelles raisons il le fait et pour qui.

Faciliter l’implication du patient

Leçon 1 : La théorie indique que lorsqu’on soutient les trois besoins psychologiques de la personne, son niveau d’implication dans les séances augmente et son bien-être également.

Il est donc essentiel en tant que thérapeute d’avoir un style qui soutient l’autonomie, la compétence et une relation de qualité.

Le soutien à l’autonomie est un facteur commun d’efficacité thérapeutique. Par exemple, dans une étude sur la dépression (Zuroff & al., 2007), les chercheurs ont observé que la motivation autonome prédisait mieux l’amélioration du patient que l’alliance thérapeutique. De plus, les patients qui ont perçu leurs thérapeutes comme plus soutenant en termes d’autonomie rapportaient également une plus grande motivation autonome.

  • Soutenir l’autonomie : demander des feedbacks aux patients, lui proposer des choix, demander si la thérapie lui convient, le mettre en posture d’acteur des séances et ne pas travailler à sa place, exprimer avec une fonction informationnelle plutôt que contrôlante.
  • Soutenir le besoin de compétence : remarquer et exprimer les points de progression, proposer des petits objectifs adaptés à là ou en est le patient, autoriser et encourager à se donner le droit à l’erreur, valoriser les tentatives (processus) plus que les résultats, repérer ses ressources, explorer ses victoires
  • Soutenir le besoin d’affiliation : ouverture et acceptation du patient, expression empathique sincère, expression de considération, dévoilement de soi au service du patient, gestion des conflits avec le patient pour maintenir l’alliance et montrer au patient que les difficultés relationnelles peuvent se dépasser par la communication.

Le thérapeute qui établit une relation sécurisante et soutient les 3 besoins psychologiques crée une expérience relationnelle correctrice pour le patient qui a pu rencontrer des attachements insécures par le passé. C’est une relation qui lui fait vivre de l’intérieur que l’autre est un repère sécurisant sur lequel s’appuyer pour explorer son univers intérieur sans jugement et pouvoir expérimenter de nouveaux comportements sur le monde extérieur avec autonomie et sécurité.

En tant que professionnel, il est important d’observer comment on communique au patient, notamment en se demandant sur sa fonction : est-ce informatif (enrichir le niveau d’information ou de compréhension du patient) ou contrôlant (le contraindre à aller dans une voie choisie par le professionnel) ?

Par exemple, si un patient fait rarement les pratiques proposés en dehors des séances. On peut lui dire énervé « Vous ne faites jamais vos pratiques, ce n’est vraiment pas bon ». Ce message exprime une désapprobation et implicitement le fait de savoir ce qui est bon ou pas bon pour l’autre : on prend donc une posture contrôlante.

On peut cependant exprimer le même message, mais avec une fonction informationnelle tout en soutenant l’autonomie :

« J’observe que cela fait 3 séances où vous n’avez pas réalisé les pratiques. Les études indiquent que les personnes qui tirent le plus de bénéfices des séances sont celles qui pratiques en dehors des séances (information sans prescrire ce qui est bon ou pas pour l’autre : responsabiliser sans contrôler). Cela vous va si nous prenons ensemble le temps de comprendre comment vous vivez les pratiques proposées ? »

Faciliter le bien-être du patient

Il est important de permettre aux patients de prendre soin de ses besoins psychologiques dans sa vie pour apprendre à faire les choses pour lui-même plutôt que pour des raisons externes.

Cela passe par l’aider à reconnaître ses besoins et ses valeurs pour ensuite les exprimer et les satisfaire.

Il est utile de diagnostiquer le patient et son environnement sur les 4 niveaux proposés par la théorie :

  1. Est-ce que ses besoins psychologiques sont plutôt frustrés ou satisfaits dans sa vie ? Lesquels sont les plus frustrés ou satisfaits ? De quoi a-t-il besoin pour prendre soin de ses besoins ?
  2. Quelle est son orientation de contrôle ? Plutôt guidé par sa boussole intérieure et ses motivations personnelles, plutôt contrôlé par des résultats extérieurs ou plutôt résigné ?
  3. Vers quels buts de vie est-il orienté ? Plutôt des résultats externes (richesse, gloire…) ou internes (croissance personnelle, relations…) ?
  4. Son environnement social, est-il aidant ou menaçant vis-à-vis de ses besoins psychologiques ? Et quelles marges de manœuvre a-t-il pour influencer son environnement pour qu’ils répondent davantage à ses besoins ? (Affirmation de soi, communication de ses besoins et des limites, changer d’environnement…)

Applications dans le sport

Leçon 2 : Le style de l’entraîneur sportif impacte le type de motivation du sportif et donc sa persévérance et sa performance.

Jacques Forest (psychologue et professeur de psychologie) a par exemple accompagné l’équipe féminine de ski acrobatique du Canada lors des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014. Justine et Chloé Dufour-Lapointe ont pu ramener les médailles d’or et d’argent. Le psychologue a utilisé la théorie de l’auto-détermination pour augmenter l’implication, la persévérance et le bien-être des sportifs.

Son intervention a consisté en 3 points :

  1. Soutenir les besoins psychologiques : Demander à l’ensemble de l’équipe (les sportifs, mais aussi les entraîneurs, personnels administratifs…) comment on pouvait augmenter la satisfaction de leurs 3 besoins psychologiques et comment limiter leur frustration. Ils étaient invités à nommer toutes les actions, règles et propositions pour cela. L’application de la TAD ici est congruente avec la théorie puisque cette manière de procéder contribue à rendre chacun autonome et expert de lui-même sur la manière de satisfaire ses besoins psychologiques.
  2. Soutenir le sentiment de compétence individuel et collectif : Utiliser les interventions de psychologie positive basée sur les forces de chacun pour révéler à soi et aux autres la meilleure version de soi. Cela contribue à nourrir le besoin de compétences et le sentiment d’auto-efficacité.
  3. Soutenir le plaisir et le sens dans l’activité sportive : Enfin, des activités agréables et sociales ont été mises en place pour augmenter le plaisir à être ensemble (motivation intrinsèque) et le besoin d’appartenance sociale. Ils ont pu aussi identifier le sens que l’équipe souhaitait donner à leur travail pour autonomiser encore plus la motivation : inspirer une nouvelle génération d’athlète. En trouvant un sens, cela permet de créer une vision collective qui rassemble l’équipe, mais aussi que la motivation soit plus autonome, car dépendant plus des valeurs personnelles que du résultat (comme gagner la médaille qui est une motivation externe).

Pour compléter cette intervention, une étude intéressante dans le domaine du sport s’est intéressée à 23 équipes de nageurs de compétition (Pelletier et al., 2001) :

  • Les nageurs ayant un entraîneur encourageant l’autonomie avaient des motivations plus autonomes et ont démontré une plus grande persévérance 10 mois et 22 mois plus tard.
  • A l’inverse, les formes de motivation contrôlées sont associées à moins de persévérance.
  • Par exemple, la régulation introjectée (agir par culpabilité ou honte) amène une persistance à court-terme (10 mois) mais ne se maintient pas à 22 mois.
  • La régulation externe est négativement associée à la persévérance à 22 mois et l’amotivation a le plus haut niveau d’abandon par la suite.

Motivation à l’école

Leçon 3 : Pour cultiver le plaisir d’apprendre pour soi et de s’approprier les contraintes scolaires, le corpus d’étude sur le sujet indique qu’il est préférable d’adopter une approche centrée sur l’intérêt, le plaisir et l’autonomie plutôt que sur les punitions, les récompenses et les évaluations.

A l’école, un style d’enseignement facilitant l’autonomie et des buts intrinsèques permet de meilleur apprentissage et résultats qu’un style contrôlant et associé à des buts extrinsèques (Vansteenkiste et al., 2004)

Même si un système autoritaire peut sembler efficace à court-terme, il pousse les personnes à agir pour des raisons externes, ce qui risque de limiter sur le long-terme leur volonté de continuer à apprendre lorsque l’autorité régulatrice n’est plus présente. De plus, la persévérance et la qualité d’apprentissage sont plus faibles qu’avec un style soutenant l’autonomie.

Soutenir l’autonomie ne signifie pas être complaisant sans mettre de limites. C’est d’ailleurs en soutenant l’autonomie et les besoins psychologiques que l’enfant arrive mieux à internaliser les limites et les contraintes justes.

Applications au travail

Leçon 4 : Les études indiquent que le style de management influence le degré de satisfaction, le bien-être et l’implication des employés et leur performance (Baarda, Deci, et Ryan, 2004).

Il est crucial que le manager puisse soutenir les 3 besoins psychologiques de ses collaborateurs. C’est ce qui va permettre de faciliter une motivation autonome, un bien-être et une implication à même de générer une performance décuplée.

Nous avons déjà vu dans d’autres contextes comment soutenir les besoins psychologiques, nous pouvons rajouter les manières suivantes dans le contexte professionnel :

  1. Prendre le point de vue de l’autre et reconnaître sa vision, ses émotions et besoins
  2. Expliquer les raisons derrière une décision plutôt que l’imposer
  3. Proposer des choix et donner un espace pour recueillir les préférences

Par exemple, une étude en 2005 (Lynch, Plant, et Ryan, 2005) sur un hôpital psychiatrique indique que les employés ayant le plus d’autonomie se sentaient mieux, plus satisfaits et avaient moins d’attitude directive envers les patients.

Applications en médecine et en santé

Leçon 5 : Soutenir l’autonomie des patients amène les patients à être plus motivés, à adopter de meilleurs comportements de santé et à prendre plus souvent leur traitement médicamenteux.

Cela est d’autant plus important qu’un rapport de l’OMS en 2003 indique que seulement 50% des patients prennent correctement leur traitement.

Arrêt du tabac : une étude a comparé deux interventions pour aider à l’arrêt du tabac sur plus de 1000 patients (Williams & al., 2006). Les résultats indiquent que l’abstinence à 6 mois est plus élevé pour le groupe de patients qui a reçu un traitement basé sur la TAD soutenant l’autonomie et le besoin de compétence par rapport à un programme de soin communautaire.

Contrôle du diabète : une étude (Williams & al., 2004) montre que les professionnels qui soutiennent l’autonomie de leur patients diabétiques les amènent à avoir un meilleur contrôle glycémique, car ils étaient plus motivés et se sentaient plus compétents.

Perte de poids : une étude (Williams & al., 1996) a démontré l’efficacité du soutien de l’autonomie sur des patients impliqués dans un programme de perte de poids.

Application dans les relations

La théorie s’applique également aux relations familiales, amicales ou conjugales.

Si vous souhaitez faciliter le bien-être et la motivation de vos enfants et de vos proches, il est important de soutenir leur autonomie. Cela contribue à améliorer la qualité de la relation et la santé.

Par exemple, une étude indique que les parents qui soutiennent le plus l’autonomie de leurs enfants les amènent à être plus motivés par eux-mêmes et se sentir plus compétents. Cela contribue également à faciliter l’ouverture aux autres et la confiance (Ryan, LaGuardia, Solky-Butzel, Chirkov, et Kim, 2005).

Ce qu'il y a de fabuleux avec la connaissance, l'amour et le bonheur, c'est qu'ils sont décuplés lorsqu'on les partage.

1 commentaire sur “Théorie de l’autodétermination : applications pratiques en thérapie, en coaching et au travail

  1. Merci Joran pour cet article passionnant sur l’autodétermination. Lire et relire ces articles m’aide à rester alignée dans ma pratique professionnelle. Dans l’accompagnement humain, nous pouvons être tentés de nous positionner en expert, ce qui dessert l’autodétermination de nos clients. Merci pour tous ces rappels.

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