Le focus attentionnel en psychologie positive

Le focus attentionnel c’est quoi ?

Notre attention étant limitée, nous n’avons pas conscience de tous les paramètres de notre expérience en même temps. Nous devons choisir ce sur quoi nous focalisons notre attention en priorité : c’est ce que nous appelons le focus attentionnel en psychologie.

Les patients ou clients que nous recevons peuvent avoir un focus attentionnel biaisé, c’est-à-dire qu’ils ont tendance à se focaliser uniquement sur certains aspects de la réalité et à ignorer les autres.

Par exemple, les personnes anxieuses ont tendance à focaliser leur attention sur les aspects menaçants et dangereux du futur (“ET SI… il arrive ceci et cela”). Les patients dépressifs mettent plus facilement leur focus attentionnel sur les aspects imparfaits et négatifs chez eux, chez les autres et dans le monde.

Dans les deux cas, on parle d’un biais de négativité : c’est la tendance à se focaliser sur les caractéristiques négatives ou aversives du contexte. Nous avons tous ce biais, cependant il est particulièrement élevé chez les personnes qui présentent des troubles anxieux ou dépressifs.

Si on veut vulgariser un peu, le focus attentionnel c’est la nourriture que nous avons appris à rechercher dans notre environnement, et que nous donnons à notre cerveau. Est-elle bonne pour notre bien-être, notre adaptation et notre croissance ?

Les effets du focus attentionnel

Ce n’est pas tant le focus attentionnel qui est intéressant en soi, mais ce qu’il produit comme effet.

En focalisant l’attention sur les aspects menaçants, cela amène souvent la personne anxieuse à être dans l’évitement de nouvelles situations par peur du danger, à être dans une recherche parfois envahissante de réassurance et à rapporter une difficulté à profiter de l’instant présent.

Pour la personne souffrant de dépression, se focaliser sans cesse sur les aspects négatifs la prive d’espoir et renforce le sentiment d’impuissance limitant ainsi toute action visant à changer les choses ou à s’engager dans des activités agréables (« A quoi bon ?»).

Le focus attentionnel a donc des impacts importants sur 3 niveaux :

  • La manière de percevoir et de donner du sens à une situation (cognitif)
  • La manière d’y réagir émotionnellement (émotion)
  • La motivation et le comportement de la personne (comportement)

Le focus attentionnel influence donc 2 choses essentielles : notre bien-être émotionnel et le fait d’avoir des comportements utiles ou limitants.

Le focus attentionnel du professionnel

Jusque-là, on a parlé des personnes accompagnées, mais qu’en est-il du professionnel ? Quel est son focus attentionnel pendant les séances ? Et quel effet cela produit-il sur le patient/client ?

Le professionnel est souvent centré sur l’exploration, la compréhension et l’aide à la résolution des difficultés du patient. Logique, puisque le patient vient le chercher pour cette raison.

Cependant, le fait de focaliser notre loupe sur les difficultés du patient la majorité du temps (même avec une approche de recherche de solution) peut contribuer à grossir la représentation que le patient a un problème, qu’il prend beaucoup de place (voire même qu’il est inscrit sur son identité) et que c’est bien la preuve que tant qu’il ne sera pas résolu, toute perspective de vie épanouissante n’est pas possible.

Par exemple, dans les couples, reparler souvent des problèmes peut donner le sentiment que le conflit, la distance et l’incompréhension prennent toute la place, même si c’est fait avec une intention constructive de les résoudre. Parfois, choisir de focaliser son attention sur ce qui est précieux (les valeurs communes dans le couple, les moments agréables en commun, ce que l’on aime chez l’autre…) permet d’être centré sur ce qui rapproche et d’induire un état émotionnel plus à même de résoudre le conflit avec empathie et tolérance ou encore de le dissoudre si c’était un conflit concernant des aspects mineurs.

En psychologie positive, nous proposons aux patients et aux thérapeutes d’élargir leur focus attentionnel afin d’explorer toutes les réalités sans en discriminer aucune et notamment celles qui sont fonctionnelles chez le patient. Cet aspect est essentiel pour ne pas les minimiser et pour renseigner le patient sur ses ressources afin de lui permettre de les mobiliser en direction de ses valeurs ou objectifs existentiels.

Nous avons appris un paradigme à l’école efficace pour tout un tas de situations : « diagnostiquer les problèmes et traiter leur cause », ici nous explorons un paradigme complémentaire moins connu « repérer les ressources & le potentiel pour les cultiver et les amplifier ».

Cette approche complémentaire permet particulièrement de nourrir l’espoir du changement et la confiance en ses capacités en repérant ce qui marche déjà. Ces deux ingrédients sont essentiels au changement, car comme nous l’a montré Seligman, si un être humain pense qu’un objectif est sans espoir, il ne mettra jamais l’énergie pour l’atteindre. On parle alors de résignation acquise lorsque cet état est généralisé à l’ensemble des aspects de la vie de la personne.

Faire bouger le focus attentionnel

Le focus attentionnel peut changer de 2 manières : (1) de manière automatique (un bruit ou un mouvement attire notre attention) mais aussi (2) de manière volontaire (je décide de remettre mon attention sur ma copie d’examen quand je me surprends à regarder trop longuement la manière dont est habillé le surveillant de salle).

Nous avons donc un pouvoir sur notre attention et disposons de deux leviers d’action : (1) nous pouvons l’influencer volontairement et (2) apprendre à focaliser automatiquement notre attention sur certaines caractéristiques de nos patients.

La psychologie positive et l’Approche Systémique Centrée Solution ont été très créatives pour développer des outils visant à explorer et mobiliser les ressources des personnes accompagnées.

Lors des formations, nous entraînons les professionnels à repérer leurs ressources et forces personnelles, mais aussi celles des personnes qu’ils accompagnent. C’est ce que j’appelle le radar à ressources !

L’outil le plus simple en entretien pour déplacer le focus attentionnel est de poser une question.

En effet, nous tentons d’amener nos patients à passer de questions centrées plaintes ou ruminations (“Pourquoi cela m’arrive tout le temps à moi ?”) à des questions centrées résolution de problème (“Quelle est la cause de ce problème ? Quels sont vos leviers d’actions pour résoudre ce problème ?”) afin d’amener un focus attentionnel sur des marges de manœuvres présentes et constructives.

Je vous propose de découvrir un troisième type de question, souvent méconnues, celles centrées sur l’exploration des ressources de la personne :

Centrées exploration du problèmeCentrées exploration des ressources
Quelle est la cause de ce problème ?
En quoi cette situation vous pose problème ?
Qu’est ce qui a contribué à maintenir ce problème ?
Comment résoudre ce problème ?
Quels sont les moments où le problème est moins présent ? Qu’est ce qui permet cela ?
Qu’est-ce qui vous a permis de tenir face à cette difficulté malgré tout ?
Quelles sont les forces/ressources que vous avez pu utiliser par le passé ?
Ou celles que vos proches vous attribuent ?
Quelles ont été les situations que vous avez pu mener à bien ? Quelles ont été vos contributions ? De quelles forces/ressources parlent ces contributions ?
 

Avant de me former en psychologie positive, j’avais le sentiment que j’explorais déjà les ressources des patients. Mais en voyant quelques professionnels de cette discipline pratiquer, j’ai vite compris le décalage entre ma pratique et les possibilités qu’ils activaient.

L’exploration des ressources ne prenait qu’une place occasionnelle dans mes séances alors que pour eux c’était la base de leur entretien avec des outils spécialisés pour cette tâche.

J’ai réalisé que c’était un vœu pieux auquel on m’avait sensibilisé pendant mes études, mais sans me donner d’outils pour le faire vraiment.

J’ai découvert un certain nombre d’outils de la psychologie positive et de l’approche centrée solution pour (1) penser les ressources, (2) les explorer et (3) les activer et les amplifier :

  1. Penser les ressources : la nécessité de comprendre les ressources des patients a mobilisé les chercheurs à construire de nouvelles théories plus uniquement centrées sur les vulnérabilités de l’être humain mais sur ses capacités et son potentiel : Le modèle des forces de caractère de Seligman & Peterson avec la nécessité d’avoir des outils de diagnostic des forces et pas uniquement des pathologies, la résilience et la croissance post-traumatique afin de penser l’exploration des processus de croissance face aux évènements aversifs et de traumatismes, Le modèle Broaden & Build de Barabara Fredricksen sur les effets positifs de l’exploration des émotions agréables en séance etc…
  2. Repérer les ressources chez la personne accompagnée : pour cela, un ensemble d’outils pratiques ont été développés (le lexique des forces, les cartes des forces, les questions de résilience, les échelles de forces…) afin d’installer et de rendre plus sensible le radar à forces chez le professionnel et le patient pour “flasher” les forces dès qu’elles se présentent.
  3. Activer et amplifier les ressources : les études indiquent que prendre conscience de ses ressources génère déjà un effet positif, mais que c’est l’activation régulière des forces qui décuple l’efficacité des interventions. Plusieurs outils ont ainsi été développés pour permettre à la personne de mobiliser ses forces : le plus petit pas possible, les échelles de représentation et d’action, le repérage des valeurs et objectifs existentiels pour s’engager dans une direction qui a du sens,
📌 Si vous souhaitez approfondir le sujet, je donne une formation en psychologie positive qui synthétise les connaissances et outils élaborés par cette discipline ces 20 dernières années sur le sujet.

Ce qu'il y a de fabuleux avec la connaissance, l'amour et le bonheur, c'est qu'ils sont décuplés lorsqu'on les partage.

2 commentaires sur “Le focus attentionnel en psychologie positive

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