Thérapie : gérer les résistances

Connaissez-vous les lignes de désir ?

C’est un phénomène amusant dans l’espace public.

Ce sont ces sentiers spontanés que les passants créent naturellement à travers l’herbe.

Ils préfèrent ces chemins courts et pratiques.

Plutôt que les itinéraires imposés par les urbanistes.

Ce phénomène m’a inspiré l’article que je vous ai écrit aujourd’hui.

Du prêt à porter au sur-mesure

Du chemin prescrit au chemin vécu

En thérapie, comme en urbanisme, les professionnels proposent souvent des itinéraires prédéfinis.

Même si on reste neutre en termes de contenu (valeurs, directions à prendre…).

Chaque courant propose une dynamique thérapeutique.

On parle de processus thérapeutiques.

Mais chaque patient, avec sa dynamique et ses contraintes propres, emprunte un chemin singulier.

L’expérience de Irvin Yalom

Ce qui provoque un déclic chez le patient n’est pas toujours ce que le thérapeute croit.

Le psychiatre américain Irvin Yalom avait fait l’expérience suivante :

Il demande à sa patiente de noter tout ce qu’elle a trouvé utile lors d’une séance.

Il fait pareil de son côté.

6 mois plus tard : ils déplient les papiers.

Résultat : les interprétations et remarques qu’ils pensaient particulièrement pertinentes n’apparaissent pas sur les notes de la patiente.

Elle a davantage noté les marques de considérations relationnelles.

Chemin spontané et chemin praticable

Un urbaniste attentif améliore un espace en observant les lignes spontanées des piétons.

De même, le thérapeute gagne à observer les chemins spontanés des patients.

Même quand ceux-ci divergent des préconisations initiales.

Je distingue les chemins spontanés des chemins praticables.

Le chemin spontané, c’est celui qu’il prend régulièrement.

Et qui parfois est à l’origine des difficultés rencontrées.

Exemple de réflexions

Face à une émotion, quel chemin prend-il le plus ?

Celui de l’évitement ? de l’amplification ? de l’expression ? de l’action impulsive ?

Le chemin praticable, c’est un chemin alternatif, qui l’aidera à composer différemment avec les difficultés travaillées.

Exemple de réflexions

S’il évite systématiquement les émotions, quel chemin alternatif est praticable ?

Dès que je questionne la sphère émotionnelle : il s’agace.

Ok le chemin n’est pas praticable en l’état.

Quel chemin respecte sa fenêtre de tolérance émotionnel tout en restant thérapeutique ?

Peut-être d’abord d’entendre son besoin de protection signalé par cet agacement ?

Il s’agit peut être de la première émotion travaillable en l’état.

Découvrir les chemins praticables

Les résistances comme guide

Il est essentiel de comprendre que les résistances ne sont pas à supprimer.

Elles ne bloquent pas la thérapie.

Elles en font partie intégrante.

Ces résistances sont des indicateurs précieux.

Elles permettent de recalculer le chemin en tenant compte des contraintes réelles du patient.

La ligne de départ de la thérapie

Souvent nous attendons que notre patient commence proprement la course.

Sur la ligne de départ que nous avons tracée pour lui.

Mais parfois il se situe 200 mètres en amont de cette ligne.

C’est-à-dire qu’il a besoin qu’on travaille les conditions en amont de la thérapie qui vont lui permettre de se saisir de la thérapie.

L’attente du patient idéal

La théorie ou la technique seule ne suffit jamais.

On applique toujours une théorie à un être vivant, infiniment complexe, qui réagit.

Pour composer avec cette complexité,

nous attendons parfois un patient idéal.

Qui nous rassurerait sur le fait que nous sommes un bon professionnel.

En pouvant appliquer nos outils facilement.

Avec les beaux schémas comme dans les livres.

En réalité, nous devons accepter de rencontrer le patient réel.

Et le prendre à partir de là où il en est.

Courir à ses côtés.

Plutôt que de s’impatienter en l’attendant sur la ligne d’arrivée.

Adapter la cible thérapeutique

La psychologue américaine Jacqueline B. Persons m’a apporté un précieux conseil qui a changé ma manière de travailler.

Si un aspect du fonctionnement du patient empêche la thérapie de se déployer :

alors cela doit devenir la cible prioritaire du travail.

Exemple #1 : Si le patient est passif et désengagé.

La priorité n’est plus le problème travaillé mais la posture désengagée.

Sinon, le professionnel travaille pour 2.

Il s’épuise et rien ne change.

Exemple #2 : Si le patient ne sait pas nommer ses émotions.

La priorité est de l’accompagner à avancer sur cette marche préliminaire.

En étant un soutien l’aidant à cartographier son monde intérieur avec finesse.

L’observation du fonctionnement émotionnel

Dans la relation avec le professionnel, la personne accompagnée donne un échantillon de son fonctionnement en dehors des séances.

Les moments émotionnels en séance sont particulièrement intéressants.

Le chemin spontané qu’il emprunte face à ses émotions est particulièrement révélateur.

Mon patient m’apprend plus sur lui.

Pas en me disant ce qu’il fait.

Mais en me le montrant.

Le langage du comportement et des émotions est le plus riche.

Mais il demande d’être un fin interprète d’une langue que nous n’avons jamais apprise à l’école.

Imaginer prendre l’option “émotion” en LV3 au collège.

Exercer un métier avec l’humain sans cette compétence risque d’amener beaucoup de flou et d’incompréhension.

Les détours

Il ne s’agit pas d’abandonner méthodes ou objectifs thérapeutiques.

Mais de rester ouvert aux détours et raccourcis empruntés par les patients.

Respecter ces chemins alternatifs, c’est accepter que le patient avance à son rythme.

C’est tenir compte de ses capacités émotionnelles et de ses possibilités actuelles.

Et cela favorise une meilleure alliance thérapeutique.

Un espace pour travailler cette complexité

Si vous êtes conscient de la complexité des métiers impliquant l’humain.

Vous vous régalerez dans les formations proposées.

On travaille en permanence cette ligne de crête subtile entre :

  • Méthode, outils, repères théoriques
  • ET ce que la personne nous révèle du chemin réellement praticable pour elle

Si vous souhaitez devenir un fin interprète du langage émotionnel.

Pour gagner en clarté et sortir du flou de certains accompagnements.

C’est cette formation qui répondra à votre besoin :

Compréhension émotionnelle avancée (e-learning)


Joran Farnier

Joran Farnier

Psychologue, enseignant, formateur

Passionné par la psychologie, j’ai fondé l’Institut de Psychologie Positive Appliquée pour faire le pont entre les recherches et la pratique de terrain.

Nous formons les professionnels de l'accompagnement pour leur permettre d'exercer avec plus de clarté, d'efficacité et de confort dans un métier complexe.



Partager cette ressource à un collègue

Ce qu'il y a de fabuleux avec la connaissance, l'amour et le bonheur, c'est qu'ils sont décuplés lorsqu'on les partage.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *