Les avantages de l’optimisme

Quelle sont les activités qui nous prennent le plus de temps chaque jour ?

Dormir, Travailler, S’occuper de nos enfants, Regarder la télé…Et, je rajouterais anticiper le futur, c’est une activité qui nous prend beaucoup de temps et dont nous n’avons pas toujours conscience. Grâce à l’imagination et au langage, notre cerveau est une machine capable de simuler le futur. Il simule pleins de scénarios potentiels afin de nous préparer au meilleur comme au pire !

Et la manière dont nous nous représentons le futur impacte directement notre état émotionnel et notre comportement présent.

Nous pouvons le voir dans la vie de tous les jours : le vendredi, rien qu’à l’idée d’être en weekend, même si nous n’y sommes pas encore, un sentiment de légèreté nous accompagne tout au long de la journée. Alors que le dimanche soir, nous ne sommes pas encore au travail que notre cerveau a déjà mis un pied dedans par imagination, notre moral en est ainsi légèrement affecté.

La manière dont on anticipe le futur est même une cause importante de difficultés émotionnelles et psychologiques :

  • Un futur coloré de manière problématique ou catastrophique est souvent retrouvé dans les troubles anxieux.
  • Un futur anticipé comme étant fade ou négatif se retrouve dans la dépression avec de la tristesse, une perte de plaisir et d’énergie.
  • Enfin, un futur perçu comme sans espoir est associé à des idéations suicidaires.

Evidemment, nous n’avons jamais accès au futur, nous ne faisons que le prédire à partir de notre expérience passée et de nos croyances sur le fonctionnement du monde. Mais tout en sachant cela, nous avons tendance à adhérer très fortement aux scénarios que nous imaginons, et par conséquent à ajuster nos comportements en fonction du type de futur que nous simulons.

Être optimiste : définition

Les concepts d’optimisme et de pessimisme décrivent la manière dont nous anticipons le futur, autrement dit le type de scénario que nous avons tendance à imaginer.

En effet, certaines personnes ont plutôt tendance à s’attendre à vivre des événements positifs, ou à avoir des issues positives face à des événements négatifs. Vous l’aurez deviné, ce sont les optimistes. Et pour les individus pessimistes, c’est tout l’inverse. La catégorisation optimisme/pessimisme est binaire, nous préférons considérer ces dimensions comme un continuum avec différents degrés d’optimisme et de pessimisme.

On peut également distinguer un état optimiste (être optimiste par rapport à un événement donné) et le trait d’optimisme (la tendance à être optimiste globalement).

Les bénéfices de l’optimisme

L’optimisme présente 3 catégories de bénéfices :

  • Sur le bien-être, le fonctionnement psychologique et la santé mentale : les personnes optimistes sont plus heureuses, ressentent plus d’émotions agréables, moins de stress, moins de symptômes dépressifs et plus de satisfaction conjugale. (Scheier et al., 1989; Diener, Emmons, Larsen, & Griffin, 1985)
  • Sur la performance et la persévérance : les personnes optimistes recourent davantage à des stratégies actives face à des difficultés, elles persistent plus, ont de meilleure capacité de résilience et de rebond face à un échec. Les optimistes présentent de meilleure performance professionnelle, scolaire, sportive et même politique. (Nolen-Hoeksema, Girgus, & Seligman, 1986 ; Peterson & Barrett, 1987 ; Scheier  &  Carver,  1987 ; Prapavessis  &  Carron,  1988 ;  Rettew  &  Reivich,  1995 ;  Seligman,  Nolen- Hoeksema,  Thornton,  &  Thornton,  1990)
  • Sur la santé physique : les optimistes présentent notamment un système immunitaire plus efficient. (Brennan & Charnetsky,  2000)

Mécanismes d’actions de l’optimisme

Ces bénéfices n’apparaissent pas de manière “magique” ou “divine”. Ce n’est pas par ce qu’on pense “positif” que l’univers nous amène magiquement des résultats “positifs”. La science a identifié des mécanismes d’action bien précis pour expliquer les vertus de l’optimisme :

  • Mécanismes comportementaux : si on en pense qu’un but est accessible (attente positive, donc optimisme) on va persévérer davantage, alors que si on s’attend à échouer ou à ne pas atteindre un objectif (pessimisme), la réponse est souvent l’abandon ou l’évitement. Personne n’aime dépenser de l’énergie inutilement vers un but jugé inaccessible.
  • Mécanismes psychologiques et physiologiques : anticiper un futur plus positif favorise des expériences émotionnelles agréables et présente un effet protecteur contre la dépression et le stress. Nos états émotionnels ne sont pas simplement des expériences mentales, elles entraînent des cascades de réactions physiologiques. Par exemple, le stress génère de l’adrénaline et du cortisol, hormones ayant un effet sur les systèmes immunitaire et cardio-vasculaire. De plus, l’effet protecteur contre le stress favorise également un sommeil de meilleure qualité et une meilleure alimentation, deux facteurs ayant un impact sur la santé physique.

Ce n’est donc pas l’optimisme en soi qui est intéressant mais ce qu’il permet d’activer comme état ou comportement bénéfique. L’optimisme est donc un catalyseur de ressources.

Martin Seligman en profite pour revisiter l’équation du succès souvent établie comme un mélange de TALENT et de MOTIVATION. Pour lui le SUCCÈS = TALENT + MOTIVATION + PERSÉVÉRANCE. L’optimisme est un levier majeur de persévérance face aux obstacles : après plusieurs échecs, le fait de continuer à s’attendre à une issue positive augmente les chances de voir la personne persévérer.

Pour l’anecdote, Martin Seligman s’est amusé à réaliser des études prédictives dans le domaine sportif (des sortes de paris sportifs) en fonction de l’optimisme et du pessimisme des joueurs. Après un échec, les équipes de sportifs optimistes arrivaient mieux à rebondir au match suivant que les équipes pessimistes. Il a également réalisé des études prédictives sur les élections présidentielles américaines à partir du degré d’optimisme des candidats.

A quoi ressemble un optimisme adaptatif ?

L’optimisme n’est pas toujours adaptatif, il présente des effets secondaires dans certains contextes. Par exemple, boire avant de conduire tout en s’attendant à ne pas avoir d’accident est un optimisme problématique. Ou encore, dans les addictions aux jeux de hasard, penser que l’on va se refaire à la prochaine partie n’est pas bon non plus.

Il y a donc des contextes dans lesquels l’optimisme est utile et d’autres contextes dans lesquels il peut se révéler contre-productif. Le pessimisme est ainsi à privilégier lorsque les conséquences peuvent être graves (accident, mort, divorce, perte financière…). Alors que l’optimisme est bien plus adapté quand les conséquences sont faibles et que le comportement le plus utile est d’agir et de persévérer. Si vous êtes en charge de la sécurité d’une centrale nucléaire, appliquer l’optimisme à ce poste ne sera peut-être pas la meilleure idée. A l’inverse, pour un commercial téléphonique, être optimiste est un trait particulièrement adaptatif, car faisant face à un taux de rejet élevé, rester confiant dans le fait de trouver un prospect intéressé va permettre de persister et d’obtenir de meilleurs résultats (Schulman, 1995).

On peut résumer cela de cette manière : si je n’ai pas grand-chose à perdre et beaucoup à gagner à agir et à persévérer alors autant y croire et le faire !

Voici selon moi, les 3 caractéristiques d’un optimisme adaptatif :

  1. Un optimisme flexible : savoir cultiver son optimisme dans les situations utiles et le modérer lorsque des conséquences importantes sont à évaluer sérieusement.
  2. Un optimisme actif au service de l’action adéquate. Un optimisme magique dans lequel l’individu attend des issues favorables de manière passive n’est pas bénéfique. Nous promouvons plutôt un optimisme actif basé sur les efforts et l’action dans une direction qui sert les valeurs et objectifs de l’individu.
  3. Un optimisme qui s’appuie sur les leçons tirées du passé. Plus on a d’expérience dans un domaine, plus notre simulation du futur devrait être fiable (mais ce n’est pas nécessairement le cas). L’idée est de prendre en compte les retours de la réalité pour ajuster son estimation et anticipation. Par exemple : vous pensiez que votre déménagement n’allait durer que 3h et qu’il a pris 6h en réalité. Il sera utile de s’appuyer sur cette nouvelle donnée pour estimer au mieux le prochain déménagement et louer un camion à la journée plutôt qu’à la demi-journée. (situation personnelle :D)

L’optimisme peut s’apprendre, nous découvrirons dans de prochains articles comment le développer avec des interventions validées en psychologie positive.

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